RESSOURCES MINIÈRES DU SÉNÉGAL : ASSEZ DE DISCOURS, PLACE À L’INVENTAIRE, À LA TRANSPARENCE ET À LA TRANSFORMATION !
La Une de L’Indépendant de ce matin annonce que le Sénégal déroule sa feuille de route pour les ressources minières avec les Russes. On nous parle, une fois encore, de souveraineté, de transformation, d’emplois et de standards de nouvelle génération.
Ces objectifs sont louables. Mais une question essentielle demeure : pourquoi continuons-nous à parler de nos ressources comme si nous étions encore au stade de leur découverte, alors que certaines sont exploitées depuis des années et que d’autres quittent notre territoire sans transformation suffisante ?
Le Sénégal ne manque ni de géologues, ni d’ingénieurs, ni d’experts capables d’évaluer ses richesses minières. Nous disposons également de compétences financières et entrepreneuriales, au Sénégal comme dans sa diaspora, susceptibles de contribuer à leur valorisation.
Alors, qu’est-ce qui nous empêche d’avancer ?
J’ai eu l’occasion d’accompagner le président Abdoulaye Wade à la mine, au moment où lui était remis le premier lingot d’or. Cette expérience m’a convaincu que notre débat ne peut se limiter au pétrole et au gaz. D’autres ressources, notamment les minerais lourds comme le zircon, méritent une attention soutenue, une information publique rigoureuse et une véritable stratégie industrielle.
Où en sommes-nous exactement ?
Quel est l’inventaire actualisé de nos ressources ? Quels volumes sont extraits ? Quels contrats encadrent leur exploitation ? Que percevons-nous réellement en recettes fiscales, redevances et autres revenus publics ? Quelle part de la valeur ajoutée est créée au Sénégal ? Quels emplois qualifiés sont générés ? Et surtout, quel calendrier avons-nous fixé pour passer de l’extraction à la transformation ?
Le citoyen a le droit de connaître les réponses à ces questions, dans le respect des règles de confidentialité légitimes et des obligations contractuelles.
Car la souveraineté ne se proclame pas dans les séminaires. Elle se mesure à notre capacité à connaître nos richesses, à maîtriser leur exploitation, à négocier des contrats équilibrés et à transformer localement une part croissante de leur valeur.
Pourquoi exporter des matières premières sans avoir préalablement étudié toutes les possibilités techniquement et économiquement viables de leur transformation sur notre sol ? Pourquoi ne pas accélérer la création d’industries capables de produire davantage de valeur ajoutée, de former nos jeunes, de créer des emplois durables et de financer une partie de notre développement ?
Je ne plaide pas pour une transformation improvisée, ni pour l’exclusion des investisseurs étrangers. Je plaide pour une stratégie nationale maîtrisée, fondée sur des données vérifiables, des études de faisabilité, des partenariats équilibrés et des objectifs mesurables.
Ma proposition est simple : convoquons une grande rencontre nationale de sachants.
Réunissons géologues, ingénieurs des mines, économistes, industriels, financiers, universitaires, juristes, représentants de l’État et acteurs du secteur privé. Confions-leur une mission précise : établir l’inventaire de nos ressources, évaluer les conditions de leur exploitation, examiner les contrats et les retombées nationales, identifier les obstacles et proposer un calendrier réaliste de transformation industrielle.
Cette rencontre ne doit pas être un colloque supplémentaire dont les conclusions finiront dans un tiroir. Elle doit déboucher sur un plan d’action public, des responsabilités clairement attribuées, des échéances et une évaluation régulière des résultats.
Nos ressources naturelles ne doivent pas seulement enrichir les statistiques d’exportation. Elles doivent contribuer à bâtir des industries, à développer nos territoires, à créer des emplois et à préparer l’avenir des générations futures.
Le Sénégal a-t-il réellement besoin de nouveaux discours sur ses richesses, ou doit-il enfin comprendre ce qui l’empêche de les convertir en puissance économique ?
C’est cette question que je soumets au débat national.
Il est temps de sortir de la répétition des annonces pour entrer dans le temps de l’inventaire, de la transparence, de la transformation et des résultats.
Nos compétences existent. Notre intelligence collective doit être mobilisée. Notre ambition doit être à la hauteur de nos ressources.
Développons ce pays avec nos compétences, nos entreprises et nos fils et filles, en faisant de nos richesses naturelles un véritable levier de souveraineté et de prospérité partagée.
Thierno lo / Le Républicain Libre
