PROTÉGER NOS ARTISANS, PRODUIRE CHEZ NOUS, ENRICHIR LE SÉNÉGAL
Pour une politique volontariste de production locale et de création d’emplois.
Le Sénégal ne peut durablement lutter contre le chômage et la pauvreté sans donner à ceux qui savent fabriquer, transformer et créer de la valeur les moyens de vivre dignement de leur travail.
Nous avons des artisans talentueux, des cordonniers, des tailleurs, des menuisiers, des maroquiniers et des créateurs qui pourraient devenir de véritables entrepreneurs, voire des industriels, si nous leur ouvrions les bons débouchés.
Il ne suffit pas d’encourager le consommer local. Il faut organiser les conditions pour que produire localement devienne rentable.
- Protéger notre artisanat et développer nos capacités de production
Je propose une politique commerciale plus volontariste, avec des mesures de protection ciblées et adaptées à nos engagements commerciaux, pour permettre à nos producteurs de mieux résister à la concurrence des produits importés.
Chaussures, meubles, habillement, friperies et équipements domestiques : nous devons examiner les secteurs dans lesquels une production sénégalaise compétitive peut se développer et créer des emplois.
Pourquoi ne pas retrouver, dans nos quartiers, des ateliers de fabrication de chaussures, de petites unités de couture et des ateliers de maroquinerie ?
Pourquoi nos vendeurs de mobilier ne deviendraient-ils pas progressivement de véritables fabricants de meubles de bureau, de maison et de jardin ?
Pourquoi ne pas développer des tanneries et des unités de transformation du cuir, afin de créer une chaîne de valeur allant de la matière première à la chaussure et aux articles de maroquinerie ?
Protéger notre artisanat, ce n’est pas nous fermer au monde. C’est nous donner les moyens d’y participer en étant plus compétitifs.
- Faire de la commande publique un moteur de production nationale
Je propose à Monsieur le Premier ministre de renforcer concrètement la préférence accordée aux productions sénégalaises dans les achats de l’administration publique.
Cette orientation devrait concerner toutes les institutions publiques, en commençant par la Présidence de la République et les services du Premier ministre.
Chaque fois que nos fabricants peuvent répondre aux exigences de qualité, de prix et de délais, pourquoi aller chercher ailleurs des meubles, des équipements ou des produits que nos entreprises peuvent fabriquer ici ?
Il faut recenser nos capacités, programmer les commandes, faciliter l’accès des petites entreprises aux marchés publics et appliquer pleinement les mécanismes de préférence prévus par la réglementation.
Un achat public ne doit pas être seulement une dépense administrative. Il doit aussi être un investissement dans l’emploi, le savoir-faire et la richesse nationale.
- Faire du Conseil des ministres une vitrine du consommer local
Voici une proposition simple, symbolique et porteuse de sens.
Sous le président Senghor, le port du costume au Conseil des ministres relevait d’une tradition institutionnelle que le président Wade avait également reconduite pendant un temps.
Pourquoi le président Bassirou Diomaye Faye ne proposerait-il pas aux membres du Gouvernement de porter, les jours de Conseil des ministres, des tenues traditionnelles sénégalaises confectionnées par nos stylistes et nos artisans ?
Ce serait un signal fort pour nos tailleurs, nos brodeurs, nos créateurs et nos fabricants de chaussures.
Les dépenses cumulées en costumes, chemises, cravates et chaussures importés représentent un marché potentiel pour nos professionnels. Une partie de cette demande pourrait soutenir des entreprises sénégalaises, à condition d’investir dans la qualité, la finition et des prix accessibles.
Nos dirigeants doivent montrer l’exemple. Le consommer local ne peut pas être seulement un slogan adressé aux citoyens : il doit aussi inspirer les pratiques de ceux qui gouvernent.
Je propose également la création d’un Salon national de l’habillement et du savoir-faire sénégalais, pour rapprocher les créateurs, les fabricants, les acheteurs publics, les distributeurs et les financeurs.
- Défendre nos intérêts dans les échanges internationaux
Notre poisson et nos autres produits exportables doivent satisfaire aux normes sanitaires, techniques et commerciales des marchés de destination. Ces exigences peuvent entraîner des coûts importants pour nos opérateurs et réduire leurs marges.
Nous devons mieux accompagner nos exportateurs, faciliter la mise aux normes de leurs produits, diversifier leurs débouchés et défendre nos intérêts dans les négociations commerciales.
Chaque pays cherche à protéger ses intérêts économiques. Le Sénégal doit lui aussi agir avec méthode, anticipation et détermination.
Notre ambition doit être double : mieux exporter nos produits transformés et éviter d’importer des produits finis que nous avons les capacités de fabriquer dans notre pays.
- Transformer les ateliers familiaux en entreprises créatrices de richesses
Le développement industriel ne commence pas toujours par une grande usine. Il peut commencer par un atelier familial, une machine à coudre, un établi de cordonnier ou un petit atelier de menuiserie.
Avec des équipements adaptés, une formation technique, des financements accessibles et des commandes régulières, ces petites unités peuvent grandir, embaucher et conquérir les marchés de la sous-région.
Il faut donc mobiliser les banques, les institutions de microfinance et les mécanismes publics d’accompagnement pour financer les équipements, les matières premières et le fonds de roulement de nos producteurs.
Lorsque les meubles sont fabriqués au Sénégal, les menuisiers travaillent, les quincailleries vendent, les fournisseurs sont sollicités et les transporteurs sont mobilisés.
Lorsque la confection se développe, ce sont les tailleurs, les brodeurs, les stylistes et les distributeurs qui bénéficient de cette activité.
C’est ainsi que se construit une économie productive : par la multiplication des métiers, la création d’emplois, l’augmentation des revenus et la circulation de la richesse dans le pays.
- Le patriotisme économique doit devenir une méthode
Je ne prétends pas que ces propositions suffiront, à elles seules, à régler tous nos problèmes. Mais elles peuvent contribuer à accélérer les politiques déjà engagées, à condition de fixer des objectifs, de mobiliser les financements et de mesurer les résultats.
L’État n’a pas nécessairement besoin de fabriquer lui-même. Il doit créer un environnement favorable, ouvrir des débouchés, accompagner les producteurs et veiller à ce que la concurrence ne condamne pas prématurément nos entreprises naissantes.
Notre jeunesse ne doit pas seulement attendre un emploi. Elle doit pouvoir apprendre un métier, entreprendre, fabriquer, innover et transmettre un savoir-faire.
Nous devons passer d’une économie qui importe trop souvent des produits finis à une économie qui transforme, fabrique et exporte davantage.
Protéger nos artisans, ce n’est pas protéger la pauvreté. C’est donner à leur talent les moyens de créer de la richesse.
Produire chez nous, c’est créer des emplois. Créer des emplois, c’est renforcer le pouvoir d’achat. Renforcer le pouvoir d’achat, c’est élargir notre marché intérieur. Et élargir notre marché intérieur, c’est préparer l’émergence de véritables entreprises nationales capables de devenir demain des acteurs régionaux et internationaux.
J’invite le président de la République, le Premier ministre, les ministères concernés, les institutions financières et le secteur privé à faire de cette ambition un chantier national.
Il est temps d’oser des décisions concrètes pour nos artisans, nos jeunes et notre économie.
Thierno lo / Le Républicain Libre
