Parti socialiste : Aminata Mbengue Ndiaye face à ses contestataires devant le juge des référés
A deux jours de la décision attendue du juge des référés, prévue ce lundi 2 novembre 2026, le conflit opposant la secrétaire générale du Parti socialiste (PS), Aminata Mbengue Ndiaye, à des responsables regroupés autour de la structure « Dundal PS » remet au premier plan la crise de gouvernance qui secoue la formation politique.

Au-delà de la procédure judiciaire, le litige porte sur la légitimité de la direction actuelle, l’interprétation des textes du parti et les conditions de renouvellement de ses instances.
Le Parti socialiste joue une nouvelle manche de sa bataille interne devant la justice. L’affaire opposant Aminata Mbengue Ndiaye à des responsables contestataires réunis autour de « Dundal PS » doit connaître une nouvelle étape ce lundi 2 novembre, avec la décision attendue du juge des référés. En toile de fond, deux visions s’affrontent : celle d’une direction qui revendique la continuité institutionnelle et celle de militants qui contestent la gouvernance actuelle du parti.
Dans une contribution rendue publique le 30 octobre, Abdoulaye Gallo Diao, membre du Bureau politique et secrétaire national adjoint chargé des technologies de l’information et de la communication, expose les arguments du camp de la secrétaire générale. Il estime que la procédure doit être appréciée à la lumière des statuts, du règlement intérieur et des différentes décisions prises par les instances dirigeantes du PS depuis 2019.
Premier point soulevé : le statut de « Dundal PS ». Pour Abdoulaye Gallo Diao, cette structure constitue une organisation parallèle qui ne bénéficie d’aucune reconnaissance officielle au sein du Parti socialiste. Il invoque notamment les articles 7 et 38 des statuts.
Le premier encadre les conditions d’appartenance au parti, tandis que le second reconnaît des mouvements d’initiative et d’action, à condition qu’ils respectent la ligne directrice et les décisions des instances dirigeantes.
Sur cette base, il considère que les contestataires ne peuvent prétendre agir au nom du PS en dehors des structures et des mécanismes prévus par les textes. Une interprétation qui constitue l’un des principaux arguments avancés par la direction dans ce contentieux.
La continuité du mandat au cœur du débat
La légitimité d’Aminata Mbengue Ndiaye constitue l’autre enjeu majeur de cette confrontation. Après le décès d’Ousmane Tanor Dieng, en juillet 2019, elle a été appelée à assurer la direction du parti à l’issue d’une réunion du Bureau politique, conformément à l’article 18 du règlement intérieur, selon les éléments avancés par Abdoulaye Gallo Diao.
Le congrès extraordinaire du 27 novembre 2019 avait ensuite adopté une résolution prorogeant les mandats des différentes instances du parti jusqu’à la tenue du prochain congrès ordinaire. Cette mesure a été reconduite lors du deuxième congrès extraordinaire du 26 février 2024.
Pour le responsable socialiste, ces décisions fondent la continuité du mandat de la secrétaire générale, mais également celle des autres responsables du parti, y compris les contestataires. Il estime ainsi que la remise en cause du mandat d’Aminata Mbengue Ndiaye soulève une question de cohérence au regard des résolutions adoptées par les congrès extraordinaires.
Le congrès extraordinaire, autre point de fracture
Au-delà de la bataille autour de la direction, la préparation du prochain congrès constitue un autre foyer de tensions. Le 24 mai 2025, le Bureau politique avait approuvé la création d’une commission spéciale chargée de relancer les activités du parti et de préparer un congrès extraordinaire.
Installée le 31 août de la même année sous la coordination de Mamadou Faye et Gorgui Ciss, cette commission a travaillé pendant six mois avant de présenter ses conclusions, le 5 février 2026, devant la 102e session du Secrétariat exécutif national.
Mais cette initiative n’a pas fait l’unanimité. Selon Abdoulaye Gallo Diao, plusieurs responsables aujourd’hui associés à Dundal PS ont boycotté les travaux de la commission. Il cite notamment Serigne Mbaye Thiam et Alioune Ndoye parmi les responsables qui n’auraient pas pris part à cette démarche.
Les divergences ont pris une tournure plus conflictuelle le 13 juin 2026. Ce jour-là, Aminata Mbengue Ndiaye avait convoqué une assemblée générale des secrétaires généraux de coordination pour examiner les modalités de préparation d’un congrès extraordinaire. Cette démarche s’appuyait, selon son camp, sur l’article 19 du règlement intérieur et l’article 26 des statuts, qui encadrent les conditions de convocation d’un tel congrès.
La rencontre aurait toutefois été empêchée à la Maison du Parti, à Colobane. Abdoulaye Gallo Diao accuse des membres de « Dundal PS », regroupés autour d’Alioune Ndoye et de Serigne Mbaye Thiam, d’avoir organisé des actes de violence pour empêcher sa tenue. Il fait état d’agressions physiques, de dégradations et d’un blocage de l’accès à la secrétaire générale.
Face à ces incidents, la réunion aurait été délocalisée au domicile d’Aminata Mbengue Ndiaye, à Sacré-Cœur.
Une résolution adoptée à l’issue des travaux aurait notamment demandé des poursuites judiciaires contre les auteurs présumés des violences ainsi que l’examen de mesures disciplinaires.
Une plainte a ensuite été adressée au procureur de la République par les avocats de la secrétaire générale. Le dossier serait actuellement entre les mains de la Sûreté urbaine de Dakar, selon Abdoulaye Gallo Diao.
Un précédent judiciaire invoqué par la direction
Dans son argumentaire, le responsable socialiste rappelle également une précédente procédure engagée par les contestataires. Le 29 septembre 2025, le juge des référés aurait déclaré cette procédure nulle pour irrégularité de fond.
La direction entend s’appuyer sur cet épisode pour soulever à nouveau la question de la qualité et du mandat des personnes qui engagent des actions judiciaires au nom du parti.
Abdoulaye Gallo Diao soutient que les plaignants ne disposent d’aucune habilitation régulière leur permettant de représenter le Parti socialiste devant les juridictions.
Cet argument pourrait ainsi occuper une place importante dans l’appréciation du dossier, même si la décision attendue devra être examinée au regard des prétentions respectives des parties.
Le blocage du renouvellement des instances en toile de fond
La question du renouvellement des structures du PS constitue enfin un élément central de la crise.
Abdoulaye Gallo Diao met particulièrement en cause le fonctionnement de la commission nationale de contrôle et de suivi de la vente des cartes de membre, confiée à Serigne Mbaye Thiam en 2017 par Ousmane Tanor Dieng.
Il lui reproche de n’avoir jamais convoqué cette commission ni présenté de rapport d’activité depuis sa désignation. Selon lui, cette situation a contribué au blocage de la vente des cartes et, par conséquent, au renouvellement des instances de base, étape indispensable à l’organisation d’un congrès ordinaire.
Cette accusation illustre les divergences profondes qui traversent le parti sur la conduite de sa restructuration.
D’un côté, la direction défend une démarche progressive, articulée autour d’un congrès extraordinaire destiné à préparer le renouvellement des instances. De l’autre, les contestations portent sur la gouvernance et la légitimité de l’équipe dirigeante.
Au fond, le contentieux dépasse donc la seule personne d’Aminata Mbengue Ndiaye. Il renvoie à une question plus large : celle de la capacité du Parti socialiste à sortir de l’impasse organisationnelle dans laquelle il se trouve et à engager le renouvellement de ses structures dans un cadre accepté par ses différentes sensibilités.
La décision du juge des référés, attendue ce lundi 2 novembre, constituera une nouvelle étape dans ce bras de fer. Elle ne suffira toutefois pas, à elle seule, à résoudre les fractures politiques qui traversent l’une des plus anciennes formations politiques du Sénégal.
Par Aliou Badara Dieng
