L’Afrique doit croire en ses fils

Je voudrais saluer aujourd’hui la grandeur du Président Bassirou Diomaye Faye et, particulièrement, la clarté avec laquelle il assume le soutien du Sénégal à la candidature du Président Macky Sall au poste de Secrétaire général des Nations unies.

Depuis le début de cette candidature, nous avons appelé à l’unité autour de ce qui devrait nous dépasser tous : la candidature d’un fils d’Afrique, d’un fils du Sénégal, à une fonction qui engage le destin du monde.

Le Président Diomaye vient de rappeler une vérité essentielle : lorsqu’un Sénégalais ou un Africain porte une ambition internationale, nous devons d’abord être capables de regarder son parcours, son expérience, son expertise et ce qu’il peut apporter au monde, avant de regarder nos appartenances politiques.

C’est aussi cela, la grandeur d’un État.

L’Afrique a longtemps combattu pour briser les chaînes de l’esclavage, de la domination et de l’assistance permanente. Mais il nous reste peut-être une autre chaîne à briser : celle qui nous empêche de croire suffisamment en nous-mêmes et en nos propres sachants.

Nous ne devons plus seulement être ceux qui applaudissent l’histoire écrite par les autres. Nous devons devenir ceux qui participent à l’écrire.

Macky Sall a eu l’audace d’espérer.

Mais son ambition ne s’arrête pas à l’espoir. Elle porte une volonté de contribuer à réformer un système international confronté à des crises profondes : guerres, pauvreté, dette, inégalités, dérèglement climatique, nouvelles technologies et intelligence artificielle.

Son parcours lui donne une expérience particulière : douze années à la tête du Sénégal, une présidence de l’Union africaine, une expérience de Premier ministre et de président de l’Assemblée nationale, et des années de dialogue avec les dirigeants des grandes puissances comme avec ceux du Sud.

Il connaît donc les grands de ce monde, mais il connaît aussi les difficultés du Sud, les besoins des peuples, la pauvreté, les fragilités économiques et les aspirations de ceux qui veulent simplement vivre dans la dignité.

Sa vision officielle de l’ONU met d’ailleurs l’accent sur la réforme du multilatéralisme, la paix, le développement et la nécessité de rendre l’Organisation plus efficace. (Nations Unies⁠)

Faire confiance à nos propres compétences

Au-delà de la personne de Macky Sall, c’est une question de principe qui est posée.

Quand l’Afrique aura-t-elle suffisamment confiance en ses propres fils pour leur permettre de conquérir les espaces où se décide l’avenir du monde ?

Nous avons des ingénieurs, des économistes, des diplomates, des scientifiques, des médecins, des entrepreneurs, des universitaires, des administrateurs et des dirigeants qui ont acquis une expérience internationale considérable.

Il nous faut apprendre à les porter.

Non pas parce qu’ils sont Africains.

Mais parce que leurs parcours, leurs compétences et leur vision peuvent être utiles au monde.

C’est pourquoi je salue le choix du Président Diomaye Faye.

Ce choix montre qu’une alternance politique ne doit pas nécessairement signifier une rupture avec les intérêts supérieurs de la Nation. Il existe des moments où la République doit parler d’une seule voix.

Jusqu’au bout

Les critères de sélection du Secrétaire général des Nations unies sont ceux du processus multilatéral : expérience, vision, capacité à rassembler, connaissance des enjeux internationaux et aptitude à exercer une fonction au service de tous les États membres. La décision finale appartient au Conseil de sécurité puis à l’Assemblée générale. (Nations Unies⁠)

Sur ces critères, nous avons le droit de considérer que le parcours de Macky Sall mérite d’être pleinement défendu.

Et il faut aller jusqu’au bout.

Car, au-delà du résultat final, cette candidature aura déjà permis de poser une question fondamentale :

L’Afrique veut-elle continuer à être essentiellement spectatrice des grandes décisions du monde ou veut-elle désormais participer pleinement à leur élaboration ?

Je sais que le Président Macky Sall porte cette ambition.

Mon cher ami Macky,

Beaucoup de Sénégalais, et beaucoup d’Africains conscients des enjeux du monde, vous accompagneront jusqu’au bout.

Ne pensez jamais que le vacarme, parfois bruyant, d’une minorité peut couvrir la voix de ceux qui ont compris la portée de ce combat.

Vous avez osé.

Vous avez accepté de porter une ambition africaine dans un monde où l’Afrique est encore insuffisamment représentée dans les lieux où se décide l’avenir de l’humanité.

Continuez. Vous avez fait ce qu’il fallait faire.

Quel que soit le choix final du Conseil de sécurité, votre candidature restera celle d’un homme qui aura accepté de prendre le risque d’espérer, d’agir et de défendre une ambition qui dépasse sa personne.

Et peut-être est-ce cela, au fond, le plus important :

avoir suffisamment confiance en soi pour croire que l’Afrique peut, elle aussi, contribuer à faire l’Histoire.

Thierno lo
Le Républicain Libre