ONU : Lana Nusseibeh, la candidate émiratie qui relance la course à la succession d’António Guterres
La course à la succession d’António Guterres à la tête des Nations unies connaît un nouveau rebondissement avec l’entrée en lice de Lana Nusseibeh, haute responsable des Émirats arabes unis. Sa candidature intervient dans un contexte de blocage diplomatique, marqué par les divergences entre les membres permanents du Conseil de sécurité.
La bataille pour le poste de Secrétaire général des Nations unies prend une nouvelle tournure. Lana Nusseibeh, actuelle ministre d’État au ministère des Affaires étrangères des Émirats arabes unis et ancienne ambassadrice de son pays auprès de l’ONU, apparaît désormais comme une prétendante sérieuse à la succession d’António Guterres, dont le mandat s’achève à la fin de l’année 2026.
Selon des informations rapportées par le Financial Times, les soutiens de la diplomate émiratie avaient engagé des consultations auprès de plusieurs missions permanentes à New York afin d’évaluer les chances de sa candidature. Cette initiative intervient alors que les principaux prétendants peinent à rallier l’ensemble des soutiens nécessaires au sein du Conseil de sécurité.
Ancienne représentante permanente des Émirats arabes unis auprès des Nations unies de 2013 à 2024, Lana Nusseibeh bénéficie d’une expérience approfondie du fonctionnement de l’Organisation. Durant plus d’une décennie, elle a défendu les positions de son pays sur les grandes questions internationales, alors qu’Abou Dhabi renforçait progressivement son influence diplomatique, économique et géopolitique.
Une succession sous tension
Le prochain Secrétaire général héritera d’une Organisation confrontée à de nombreux défis. Les Nations unies traversent une crise budgétaire importante et voient leur capacité d’influence contestée dans plusieurs conflits internationaux. Les États-Unis, principal contributeur financier historique de l’institution, réclament par ailleurs des réductions de dépenses et des réformes substantielles.
Dans ce contexte, les négociations autour de la succession d’António Guterres restent particulièrement complexes. Les candidats doivent notamment convaincre les cinq membres permanents du Conseil de sécurité — les États-Unis, la Chine, la Russie, la France et le Royaume-Uni — qui disposent chacun d’un droit de veto sur la recommandation du futur Secrétaire général.
Parmi les prétendants déjà déclarés, Rebeca Grynspan, ancienne vice-présidente du Costa Rica et actuelle secrétaire générale de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), figure parmi les candidates les mieux placées. Lors du dernier scrutin indicatif du Conseil de sécurité, elle a obtenu neuf votes favorables, mais également deux votes défavorables émanant de membres permanents.
Rafael Grossi, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), a lui aussi enregistré deux votes défavorables de membres permanents. Cette situation entretient l’incertitude et ouvre la voie à de nouvelles candidatures.
Les ambitions émiraties face aux rivalités régionales
Si Lana Nusseibeh dispose d’une solide expérience diplomatique, sa candidature pourrait néanmoins se heurter à des réserves liées à la politique étrangère de son pays.
Les Émirats arabes unis sont notamment critiqués pour leur rôle présumé dans le conflit soudanais. Abou Dhabi est accusé de soutenir les Forces de soutien rapide (FSR), le groupe paramilitaire engagé dans la guerre contre l’armée soudanaise et mis en cause dans de graves exactions. Les autorités émiraties rejettent les accusations de fourniture d’armes aux parties belligérantes.
La position de l’Arabie saoudite constitue également une inconnue. Les deux puissances du Golfe entretiennent des relations à la fois étroites et concurrentielles, notamment sur les questions économiques et régionales.
Pour Giorgio Cafiero, fondateur du cabinet d’analyse Gulf State Analytics, l’éventuelle accession d’une responsable émiratie au sommet de l’ONU pourrait susciter des inquiétudes à Riyad. La rivalité entre les deux pays, marquée par des intérêts parfois divergents, pourrait ainsi peser sur les discussions diplomatiques, sans pour autant signifier une opposition systématique de l’Arabie saoudite à cette candidature.
La question de la représentation régionale et du genre
La candidature de Lana Nusseibeh intervient également dans un débat sur la représentation géographique et le genre à la tête des Nations unies.
Au sein de l’Assemblée générale, plusieurs États défendent l’idée que le prochain Secrétaire général devrait être issu d’Amérique latine, tout en estimant qu’une femme devrait enfin accéder à cette fonction après neuf hommes successivement à la tête de l’Organisation.
Toutefois, Washington a récemment relativisé l’importance de ces critères. L’ambassadeur américain auprès des Nations unies, Mike Waltz, a déclaré que la priorité devait être accordée à la compétence du candidat, tout en reconnaissant les aspirations à une rotation régionale et à une meilleure représentation des femmes.
Cette position pourrait rebattre les cartes d’une compétition dans laquelle les équilibres géopolitiques et les intérêts des grandes puissances demeurent déterminants.
D’autres personnalités sont également évoquées dans les milieux diplomatiques, notamment Feridun Sinirlioğlu, ancien ministre turc des Affaires étrangères et actuel secrétaire général de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Des responsables latino-américains auraient également entrepris des consultations exploratoires.
Une course encore ouverte
Malgré les difficultés rencontrées par les candidats déclarés, leurs chances ne sont pas nécessairement compromises. Les votes défavorables enregistrés lors des scrutins indicatifs peuvent traduire des désaccords politiques ou servir de levier dans les négociations entre les membres permanents du Conseil de sécurité.
Le précédent de Kofi Annan, nommé Secrétaire général en 1996 après avoir rencontré des résistances au cours du processus, rappelle que les rapports de force peuvent évoluer jusqu’aux dernières étapes de la sélection.
Pour David Steven, chercheur à la Fondation pour les Nations unies, l’émergence de nouveaux prétendants traduit les incertitudes entourant la succession. Si aucun candidat ne parvient à réunir les soutiens indispensables, le Conseil de sécurité pourrait finalement privilégier une personnalité expérimentée, maîtrisant les rouages de l’institution et susceptible de rassurer les principales puissances.
À quelques mois de la fin du mandat d’António Guterres, l’entrée en lice de Lana Nusseibeh ajoute ainsi une nouvelle dimension à la compétition. Reste à savoir si la diplomate émiratie parviendra à dépasser les rivalités régionales et les divergences entre grandes puissances pour réunir les voix nécessaires à son accession au sommet des Nations unies.
