Réinsertion des jeunes en conflit avec la loi : le ministre de la Justice lance un panel de haut niveau pour un dispositif et un fonds opérants

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Ouverture ce matin, à Dakar, des travaux du panel de haut niveau consacré à la mise en place d’un dispositif et d’un fonds d’insertion et de réinsertion des jeunes en danger ou en conflit avec la loi. Présidant la cérémonie, le Garde des Sceaux, Maître Moussa Sarr, a réaffirmé la détermination du Gouvernement à ne laisser aucun jeune au bord du chemin.

« C’est avec un réel plaisir que j’ai accepté de présider, ce matin, la cérémonie d’ouverture de ce panel de haut niveau consacré à la mise en place d’un dispositif et d’un fonds opérant d’insertion et de réinsertion des jeunes victimes, en conflit avec la loi ou en danger. » C’est par ces mots que le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Maître Moussa Sarr, a ouvert les travaux du panel de haut niveau, en présence de la Directrice générale de la Protection judiciaire et sociale, du représentant de la GIZ, des Directeurs généraux et Directeurs des départements ministériels, des agences et des Fonds, des représentants du Système des Nations unies et des partenaires techniques et financiers, ainsi que des représentants du secteur privé et de la société civile.

« Que devient un jeune, le lendemain du jour où la protection judiciaire s’achève ? »

Avant d’être Garde des Sceaux, je suis avocat. Et on garde en soi cette inquiétude tenace pour celui qui n’a personne pour parler à sa place. Or, il n’est pas de justiciable plus démuni, ni de cause plus noble à plaider, que l’enfant : l’enfant victime de violences, l’enfant en danger, l’enfant témoin de ce qu’aucun enfant ne devrait voir, l’enfant qui a franchi la ligne rouge de la loi », a déclaré le ministre, plantant le décor d’une réflexion qui, selon lui, se résume en une question simple mais exigeante : « Que devient un jeune, le lendemain du jour où la protection judiciaire s’achève ? »

Rappelant la mission de la Direction générale de la Protection judiciaire et sociale, Maître Moussa Sarr a souligné que celle-ci « existe pour que l’enfant soit toujours un sujet de droits et jamais un objet de procédure ». Aujourd’hui, près de dix-sept mille mineurs lui sont confiés chaque année par l’autorité judiciaire : des mineurs victimes, des mineurs témoins, des mineurs en conflit avec la loi, ainsi que des jeunes majeurs de moins de vingt et un ans en danger. « À chacun, l’État doit une réponse adaptée, et jamais la seule sanction », a-t-il insisté. À l’enfant victime, a-t-il précisé, nous devons réparation, écoute et reconstruction ; à l’enfant en danger, nous devons de l’arracher à ce qui le menace avant qu’il ne soit trop tard ; à l’enfant en conflit avec la loi, nous devons l’éducation et une seconde chance. « C’est cela, l’intérêt supérieur de l’enfant. »

Hommage aux acteurs de l’ombre

Le ministre a tenu à saluer et remercier « ces femmes et ces hommes qui fabriquent la chance, chaque jour, loin des caméras » : éducateurs spécialisés, psychologues, assistants sociaux, formateurs, inspecteurs de l’Éducation surveillée et de la protection sociale, directrices et directeurs de centres, coordonnateurs des services de l’action éducative en milieu ouvert. « Ils accueillent des enfants qui ont connu la violence, la rue, la peur, parfois la honte. Ils écoutent, ils apaisent, ils renouent le lien avec la famille quand elle peut être une ressource, ils remettent à niveau, puis ils forment », a-t-il témoigné.

Et ce travail porte ses fruits, s’est réjoui le Garde des Sceaux. En 2025, plus de quatre cent douze pensionnaires des centres ont réussi aux examens professionnels : trois cent onze attestés et cent un admis au CAP, notamment en menuiserie, en coiffure, en tapisserie, en électricité, en froid et climatisation, en restauration. « Chacun de ces chiffres est un jeune qui, hier encore, doutait de lui-même et qui tient aujourd’hui entre ses mains un métier et une dignité retrouvée. »

Le diplôme n’est pas la fin du chemin

Malheureusement, le diplôme n’est pas la fin du chemin. C’est là que se situe le point faible de notre dispositif », a reconnu le ministre. Ces jeunes qui sortent des centres avec une qualification se heurtent souvent à un mur : pas d’accompagnement pour se perfectionner, pas de stage d’apprentissage, pas de porte ouverte vers un emploi salarié, pas de micro-crédit ni de kit de démarrage pour se mettre à son compte. « Nous leur avons appris un métier, et nous les laissons au seuil de l’atelier sans la clé », a-t-il déploré. Or, pour une jeune fille victime de violences comme pour un garçon en danger ou en conflit avec la loi, « l’autonomie économique est la meilleure protection contre le retour à la rue, à l’exploitation, à la précarité, parfois à la récidive ».

Un fonds institué par décret

Le Gouvernement l’a compris. Par le décret n° 2024-792 du 26 mars 2024, modifiant le décret n° 2023-679 du 23 mars 2023 portant organisation du ministère de la Justice, l’État a institué le Fonds de réinsertion des mineurs et jeunes majeurs en situation de vulnérabilité. L’objectif de ce fonds est d’offrir une passerelle vers l’autonomie et l’insertion socioprofessionnelle, et de doter la Direction générale de la Protection judiciaire et sociale d’un mécanisme de financement et d’accompagnement des initiatives portées par les jeunes eux-mêmes.

Mais, a averti le ministre, « un fonds seul ne suffit pas. La réussite d’une politique de réinsertion repose sur une mobilisation collective ». Il a ainsi lancé un appel aux structures publiques, afin qu’elles incluent cette catégorie de jeunes dans leurs cibles prioritaires par l’octroi de bourses et l’instauration de quotas ; aux entreprises privées, pour qu’elles ouvrent leurs portes aux stages, aux contrats de qualification et aux premiers emplois, et qu’elles voient dans ces jeunes « non pas des risques, mais des opportunités » ; aux partenaires techniques et financiers, nationaux et internationaux, pour qu’ils accompagnent la mise en place de mécanismes innovants et inclusifs. « La réinsertion est une œuvre nationale. Elle exige la solidarité des institutions, l’engagement des entreprises et la confiance de la société civile. Elle exige que chacun prenne sa part de responsabilité. »

« La réinsertion n’est pas une faveur, c’est un droit »

Prenant l’exemple de « cette jeune fille de seize ans, arrachée à la violence, accueillie, soignée, formée à la coiffure » et de « ce garçon de dix-sept ans, passé par un centre pour avoir fauté, qui en sort avec son CAP d’électricien », le ministre a souligné que s’ils trouvent un maître d’apprentissage et un petit capital pour acheter leurs premiers outils, ils deviennent demain « la coiffeuse qui emploie, l’électricien que l’on s’arrache ». S’ils ne trouvent rien, ils retrouvent la rue et ses pièges. « Entre ces deux destins, il n’y a parfois qu’une porte ouverte ou fermée. Cette porte, c’est à nous tous de l’ouvrir. »

Je le dis en avocat des droits et des libertés : la réinsertion n’est pas une faveur, c’est un droit. Un jeune passé par la protection judiciaire ne doit être ni une victime à vie, ni un délinquant à vie : c’est un talent qui n’a pas encore eu sa chance », a martelé Maître Moussa Sarr.

Bâtir une architecture cohérente

Pour le Garde des Sceaux, ce Panel est une étape décisive. Il doit permettre de bâtir une architecture cohérente qui relie protection, rééducation et réinsertion. Il a invité les participants à travailler avec rigueur et créativité, à dépasser les cloisonnements institutionnels et à unir leurs forces pour que chaque jeune accompagné vers l’autonomie devienne une victoire collective. « En ouvrant ce Panel, je veux réaffirmer la détermination du Gouvernement à ne laisser aucun jeune au bord du chemin. Je vous remercie de votre engagement, de votre présence et de votre contribution à cette œuvre commune. Ensemble, faisons de l’insertion et de la réinsertion des jeunes vulnérables non pas un défi, mais une réussite nationale. »

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