« Diomaye-Sonko : pendant que le pouvoir se déchire, qui sèche les larmes du peuple ? »
Entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, le bras de fer politique et institutionnel s’installe. Pendant que l’Exécutif et la majorité parlementaire s’affrontent, les Sénégalais attendent des réponses à leurs urgences quotidiennes. Au-delà des ambitions et des rapports de force, une question demeure : qui se préoccupe réellement des préoccupations du peuple ?

Le rêve d’un changement porté par une promesse de rupture se heurte aujourd’hui à une réalité politique préoccupante. Au sommet de l’État, la relation entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, autrefois présentée comme le socle d’une même ambition politique, s’est considérablement dégradée. Le divorce politique entre les deux hommes ne relève plus de simples divergences de méthode. Il s’invite désormais dans le fonctionnement des institutions et menace de reléguer les préoccupations des citoyens au second plan.
Le limogeage d’Ousmane Sonko de la Primature, en mai 2026, puis son élection à la présidence de l’Assemblée nationale ont marqué un tournant. D’un côté, Bassirou Diomaye Faye incarne l’autorité présidentielle et dirige l’Exécutif. De l’autre, Ousmane Sonko conserve son influence à la tête du Pastef et occupe désormais une position stratégique au Parlement. Deux figures majeures issues de la même dynamique politique, mais dont les trajectoires semblent désormais diverger.
Deux centres de pouvoir, un peuple en attente
Cette confrontation dépasse progressivement le cadre des rivalités personnelles. Elle se manifeste dans les débats institutionnels, les désaccords sur les orientations économiques et les rapports entre la présidence et la majorité parlementaire. Les tensions autour de la réforme constitutionnelle, finalement invalidée par le Conseil constitutionnel en juillet 2026, ont notamment illustré la profondeur de la fracture.
La question n’est donc plus seulement de savoir qui, de Diomaye Faye ou de Sonko, sortira politiquement renforcé de cette épreuve de force. Elle est de déterminer si cette rivalité permettra encore aux institutions de fonctionner sereinement et aux politiques publiques de répondre aux attentes nationales.
Car pendant que les responsables politiques se disputent l’influence et la maîtrise du calendrier politique, les difficultés économiques, l’emploi des jeunes, le coût de la vie, l’accès aux services publics et les attentes en matière de gouvernance demeurent. Pour les ménages qui peinent à joindre les deux bouts, les querelles au sommet ne constituent ni une solution au chômage ni un remède à la précarité.
Le peuple, spectateur d’une bataille qui le dépasse ?
En 2024, le changement politique avait suscité un immense espoir. Des Sénégalais avaient placé leur confiance dans une nouvelle génération de dirigeants, avec l’ambition de tourner la page des pratiques contestées et de construire un État plus juste. Aujourd’hui, une interrogation s’impose : que reste-t-il de cette promesse lorsque ceux qui étaient censés la porter ensemble se retrouvent dans un rapport de force permanent ?
Le danger serait que le débat public se résume à une opposition entre deux camps, chacun cherchant à convaincre qu’il détient la véritable légitimité du projet politique. Or, une victoire électorale ne saurait constituer un blanc-seing, pas plus qu’une majorité parlementaire ne devrait devenir un instrument de règlement de comptes. Le contrôle de l’action gouvernementale est une exigence démocratique ; il perd toutefois de sa portée lorsque la suspicion d’une instrumentalisation partisane prend le dessus sur la recherche de solutions concrètes.
L’Exécutif doit rendre compte de ses décisions, de ses résultats et de ses engagements. Le Législatif doit exercer pleinement ses missions de contrôle, de débat et de vote de la loi. Mais ces responsabilités institutionnelles ne peuvent se transformer en une compétition qui immobiliserait l’action publique ou brouillerait les priorités nationales.
Qui répondra aux attentes des Sénégalais ?
La véritable mesure de la responsabilité politique ne se trouve ni dans les déclarations les plus virulentes ni dans les victoires symboliques remportées à l’Assemblée nationale. Elle se mesure à la capacité de gouverner, de proposer, de corriger les erreurs et d’améliorer les conditions de vie des populations.
Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko ont chacun une responsabilité particulière dans cette séquence. Le premier, en sa qualité de président de la République, est attendu sur la conduite de l’État et la cohérence de l’action publique. Le second, à la tête de l’Assemblée nationale et du Pastef, est attendu sur la qualité du travail parlementaire et la capacité de la majorité à faire prévaloir l’intérêt général. Aucun des deux ne peut raisonnablement demander au peuple de patienter indéfiniment au nom d’une bataille dont les enjeux semblent parfois davantage politiques que sociaux.
Le Sénégal n’a pas besoin d’un vainqueur dans une guerre de position au sommet. Il a besoin de dirigeants capables de dépasser leurs différends lorsque l’intérêt national l’exige. Il a besoin d’institutions fortes, de décisions lisibles et d’une parole publique qui rassure plutôt qu’elle n’alimente les incertitudes.
Au bout du compte, qui pour sécher les larmes du peuple ? Ni les discours de conquête ni les démonstrations de force institutionnelle ne suffiront à répondre à cette question. Les Sénégalais attendent des actes, des résultats et une responsabilité assumée.
L’histoire retiendra peut-être les noms de ceux qui auront dominé cette bataille politique. Mais les citoyens, eux, jugeront surtout ceux qui auront su répondre à leurs attentes. Car lorsque les ambitions des dirigeants occupent tout l’espace, le risque est grand que les souffrances du peuple deviennent les grandes oubliées du pouvoir.
Par Aliou Badara DIENG
