DÉCRYPTAGE HISTORIQUE DE LA CONTROVERSE AUTOUR DU LOTISSEMENT DE LA ZONE DE CAPTAGE DE GRAND YOFF A DAKAR
Elle constitue l’un des combats politiques et écologiques les plus emblématiques d’Amath Dansokho durant sa carrière ministérielle sous la présidence d’Abdou Diouf dans les années 1990.et sous le régime de Abdoulaye Wade en 2000.
LE CONTEXTE DE LA DISCORDE
La Zone de captage de Grand Yoff est, à l’origine, une dépression naturelle destinée à recueillir les eaux de ruissellement et de pluie d’une grande partie de Dakar afin d’éviter les inondations.
Au cours des années 1990, alors qu’il est ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat (de 1991 à 1996), Amath Dansokho fait face à de très fortes pressions politiques et à des intérêts financiers privés qui poussent à la désaffectation de cet espace pour le transformer en zone résidentielle et foncière.
LA POSITION FERME D’AMATH DANSOKHO
Fidèle à son franc-parler et à ses convictions de gauche, Dansokho s’est catégoriquement opposé au lotissement de cette cuvette. Ses arguments reposaient sur des alertes strictes :
Une hérésie écologique et urbanistique : Il martelait que remblayer et construire sur une zone naturelle de drainage des eaux , l’unique lieu d enfouissement des eaux pluviales de Dakar, provoquerait inévitablement des inondations catastrophiques pour les futurs habitants et les quartiers environnants.
Il s’est attaqué de front à ce qu’il appelait la « mafia du foncier », refusant de signer les autorisations de lotir malgré les pressions venant parfois de son propre camp gouvernemental.
LES CONSÉQUENCES À LONG TERME
Ben qu’il ait réussi à freiner temporairement le projet, la spéculation foncière a fini par l’emporter après son départ du ministère en 1996. La zone a été progressivement remblayée.
L’histoire lui a malheureusement donné raison. AUJOURD’HUI, la Zone de captage figure parmi les points les plus critiques de Dakar lors de la saison des pluies, subissant de graves inondations récurrentes qui paralysent régulièrement cette partie de la capitale. Ce dossier reste dans la mémoire collective sénégalaise comme l’exemple type du sacrifice de la sécurité publique au profit de la spéculation immobilière. I
Le processus de lotissement et d’attribution finale a effectivement connu son accélération et son exécution sous le magistère d’Abdoulaye Wade, au tout début des années 2000.
LA CHRONOLOGIE EXACTE DU GLISSEMENT DU DOSSIER
LES ANNÉES 1990 (Le refus de Dansokho) : Sous la présidence d’Abdou Diouf, la zone (qui appartenait à la Sones pour capter les eaux de pluie et alimenter les nappes) fait l’objet de fortes convoitises. En tant que ministre de l’Urbanisme, Amath Dansokho bloque farouchement le projet de lotissement pour des raisons environnementales et de sécurité publique.i
LE TOURNANT DE 2000 (L’exécution) ET LA POSITION RÉCIDIVISTE DE DANSOKHO ENCORE MINISTRE DE L’URBANISME ET DE L’HABITAT SOUS LE REGIME DE WADE.
Après l’alternance de mars 2000 et le départ définitif d’Amath Dansokho du gouvernement (en novembre de la même année), les verrous sautent. La zone d’infiltration est officiellement déclassée par l’administration Wade par le biais de décrets de lotissement.
LA CONCRÉTISATION (2003) : C’est à partir de 2003 que les premières constructions et habitations sortent de terre (notamment via des coopératives d’habitat), transformant définitivement ce poumon hydraulique en quartier résidentiel.
Si la controverse et les pressions ont débuté dans les années 1990, l’exécution concrète du lotissement et la délivrance des baux ont bien été actées sous le régime de Wade après que Dansokho a été écarté de la gestion de l’Urbanisme.
Ousmane Gueye
Ancien membre du cabinet de Dansokho

